Oméga-3 : quels bienfaits sur le microbiote et l’immunité ?

Publié par : Gergana IvanovaGergana Ivanova 8 minutes

C’est un fait, les oméga-3 présentent des bienfaits réels sur notre santé : ils interviennent au niveau du cœur et des vaisseaux, des membranes cellulaires, de l’équilibre émotionnel ou encore au niveau de la vision. Mais leurs effets ne s’arrêtent pas là. Ils auraient également des effets bénéfiques sur l’immunité et le microbiote.

Les Oméga-3, des acides gras essentiels à l’organisme

Les lipides sont des nutriments essentiels au bon fonctionnement de l’organisme et à notre santé. Ces macronutriments représentent une excellente source d’énergie et sont indispensables pour nos activités quotidiennes : activité musculaire, régulation de la température corporelle… De même, les lipides constituent la structure des membranes de nos cellules, et agissent ainsi sur les tissus auxquels elles appartiennent.

EPA et DHA, un duo de choc pour notre santé

Les lipides, aussi appelés graisses, sont composés de triglycérides. Ces derniers sont eux-mêmes formés de l’union d’acides gras et d’une molécule de glycérol. En fonction de leurs spécificités moléculaires, on peut distinguer les acides gras saturés, mono-insaturés (oméga-9) et poly-insaturés (oméga-6 et oméga-3).

Au sein de la famille des oméga-3, on retrouve l’acide alpha-linoléique (ALA), le précurseur d’autres Oméga-3, dont les plus connus sont l’acide docosahexaénoïque (DHA) et l’acide eicosapentaénoïque (EPA).

Les acides gras poly-insaturés doivent impérativement être apportés par l’alimentation ou par supplémentation car le corps humain ne sait les fabriquer en quantité suffisante (1). En effet, notre organisme est capable de synthétiser le DHA et l’EPA à partir de leur précurseur. Mais, l’acide alpha-linolénique ne peut être synthétisé par l’organisme et le taux de conversion est trop faible pour couvrir l’ensemble de nos besoins.

Une alimentation moderne pauvre en oméga-3

Parmi les aliments les plus riches en oméga-3, on retrouve principalement les poissons gras, les fruits de mer et les crustacés ainsi que les huiles végétales. Si peu d’aliments contiennent des oméga-3, les oméga-6 sont quant à eux trop présents dans notre alimentation moderne. En effet, jusqu’au néolithique, il y a environ 10 000 ans, l’homme parvenait à maintenir l’équilibre entre oméga-3 et oméga-6. Mais, nos apports ont fortement évolué avec nos habitudes alimentaires : hausse de la consommation de l’huile de tournesol et des céréales, diminution de la consommation de poissons gras et de coquillages…

Quelques aliments riches en oméga-3

La part des oméga-3 a diminué contrairement à celle des oméga-6 qui s’est considérablement élevée. Un bon équilibre entre les oméga-6 et les oméga-3 est indispensable et ce ratio devrait être de 1 pour 4 (2). Or, en France, il est de 1 pour 11.

Ces deux acides gras à longue chaîne possèdent de nombreuses allégations de santé. L’EPA et le DHA contribuent au maintien d’une vision normale et au fonctionnement normal du cerveau. En effet, notre cerveau est constitué d’au moins 5% d’oméga 3 (3), d’où leur importance sur notre équilibre nerveux. De même, ils contribuent à la fonction cardiaque normale.

D’ailleurs, c’est l’un des premiers bienfaits des oméga-3 identifiés chez les Esquimaux par des chercheurs dans les années 1950. Les Inuits du Groenland présentaient en effet peu de troubles cardiovasculaires mais consommaient beaucoup de poissons gras, riches en oméga-3.

Les Oméga-3, des effets bénéfiques sur notre immunité

L’action anti-inflammatoire des Oméga-3

Les oméga-3 contribuent à réguler la réponse immunitaire (4) et à réduire l’inflammation selon plusieurs études. En effet, les oméga-3 modifient le type de prostaglandines, de leucotriènes et de thromboxanes produits et leur confèrent ainsi des propriétés anti-inflammatoires. (4)

De plus, ils permettent à l’organisme de produire des composés de base pour réduire l’inflammation selon une étude récente datant de 2018 (5). En effet, les résolvines synthétisées à partir d’oméga-3 sont des médiateurs lipidiques qui possèdent des propriétés anti-inflammatoires. Elles favorisent ainsi l’apaisement des réactions inflammatoires.

Les oméga-3, une protection contre la Covid-19 ?

Au vu de leurs rôles sur l’immunité, des études ont été menées récemment pour identifier le rôle potentiel des oméga-3 contre la maladie du Covid-19. Les personnes ayant un indice élevé d’oméga-3 sont moins susceptibles de mourir d’une infection par le COVID-19, selon des recherches menées par le Fatty Acid Research Institute (FARI) et des collaborateurs du Cedars-Sinai Medical Center de Los Angeles.(6) Les effets anti-inflammatoires de l’EPA et du DHA semblent entraîner une réponse plus faible des médiateurs de l’inflammation tels que des cytokines et une résolution plus rapide de l’inflammation (6).

Bien que cette étude pilote n’atteigne pas les seuils de signification statistique standard, les effets
anti-inflammatoires de l’EPA et du DHA devraient avoir des effets bénéfiques chez les patients atteints d’une infection au COVID-19. (6) Ces résultats préliminaires sur l’effet de l’EPA et du DHA dans la prévention et le traitement du COVID-19 doivent être confirmés par des études de plus grandes envergures. (6,7)

Les Oméga-3, un potentiel santé sur le microbiote

Le microbiote intestinal, notre allié santé

Cette flore composée de 10 000 à 100 000 milliards de micro-organismes contribue à de nombreuses fonctions physiologiques : digestion des aliments et particulièrement les fibres, le développement et la maturation du système immunitaire, la fabrication de certaines vitamines… (8) C’est pour toutes ces raisons que son équilibre est fondamental.

L’impact des oméga-3 sur la composition du microbiote intestinal

Les bienfaits des prébiotiques et des probiotiques sur le microbiote intestinal sont de plus en plus documentés et ne laissent plus de doute sur leurs rôles majeurs. Par contre, l’impact des graisses et notamment des oméga-3 sur l’équilibre de la flore commence seulement à être étudié… Si nous n’en sommes qu’aux prémisses de ces découvertes, plusieurs études récentes et prometteuses ont montré une corrélation entre les acides gras oméga-3 et la composition du microbiote intestinal.

Les liens entre la composition de la flore intestinale et les oméga-3 présents dans l’huile de poisson ont été observés par une étude britannique menée par des chercheurs de la School of Medicine de Nottingham (9). La diversité et la quantité de bonnes bactéries dans les intestins étaient supérieures pour les femmes qui consommaient des oméga-3.

De même, la composition du microbiote intestinal est modifiée avec une augmentation de Akkemansia muciniphila. Cette bactérie est notamment connue pour réduire la prise de poids et améliorer le métabolisme du glucose chez la souris. (10)

D’autres études réalisées chez l’homme ont montré des changements dans le microbiote intestinal après une supplémentation en oméga-3. En particulier, une diminution de l’abondance des Faecalibacterium et une augmentation des Bacteroidetes et des bactéries productrices de butyrate appartenant à la famille Lachnospiraceae (11). On trouve notamment une dysbiose de ces taxons chez les patients atteints de maladies inflammatoires de l’intestin. Les oméga-3 peuvent ainsi exercer une action positive en
modifiant la composition du microbiote dans ces maladies.

Sources :
1) Graham C. BURDGE, Philip C. CALDER, Conversion of α-linolenic acid to longer-chain polyunsaturated fatty acids in human adults, Reprod. Nutr. Dev. 45 (2005) 581–597, DOI: 10.1051/rnd:2005047
2) Bertrais S, Preziosi P, Mennen L, Galan P, Hercberg S, Oppert JM. Sociodemographic and geographic correlates of meeting current recommendations for physical activity in middle-aged French adults: the Supplementation en Vitamines et Mineraux Antioxydants (SU.VI.MAX) Study. American Journal of Public Health, 94(9), 2004, 1560-6.
3) O’Brien JS, Sampson EL. Lipid composition of the normal human brain: gray matter, white matter, and myelin. J Lipid Res. 1965 Oct;6(4):537-44.
4) C.O. Mendivil, Dietary Fish, Fish Nutrients and Immune Function: A Review, Front Nutr. 2020; 7:617652, doi: 10.3389/fnut.2020.617652, PMCID: PMC7855848, PMID: 33553231
5) O. Werz et. al, Human macrophages differentially produce specific resolvin or leukotriene signals that depend on bacterial pathogenicity, Nat Commun. 2018 Jan 4;9(1):59. doi: 10.1038/s41467-017-02538-5. PMID: 29302056 PMCID: PMC5754355
6) Fatty Acid Research Institute, Pilot Study Suggests Link Between the Omega-3 Index and Risk for Death from COVID-19, 2021
7) P. Weill et al., May omega-3 fatty acid dietary supplementation help reduce severe complications in Covid-19 patients?, Biochimie. 2020 Dec;179:275-280. doi: 10.1016/j.biochi.2020.09.003. PMID: 32920170 PMCID: PMC7481803
8) Philippe Gérard, Annick Bernalier-Donadille, Les fonctions majeures du microbiote intestinal, 2008, Doi : CND-04-2007-42-HS2-0007-9960-101019-200703109
9) Menni, C., Zierer, J., Pallister, T. et al. Omega-3 fatty acids correlate with gut microbiome diversity and production of N-carbamylglutamate in middle aged and elderly women. Sci Rep 7, 11079 (2017). https://doi.org/10.1038/s41598-017-10382-2
10) Robert Caesar, Valentina Tremaroli, Petia Kovatcheva-Datchary, Patrice D. Cani, Fredrik Bäckhed, Crosstalk between Gut Microbiota and Dietary Lipids Aggravates WAT Inflammation through TLR Signaling, Cell Metabolism, 27 août 2015, ISSN 1550-4131. DOI: 10.1016/j.cmet.2015.07.026
11) Lara Costantini, Romina Molinari, Barbara Farinon, Nicolò Merendino, Impact of Omega-3 Fatty
Acids on the Gut Microbiota, Int J Mol Sci. 2017 Dec 7;18(12):2645. doi: 10.3390/ijms18122645.
PMID: 29215589 PMCID: PMC5751248

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